Faire parler le suivi pédagogique SCORM / AICC

18 novembre 2010

Appliquer les standards du e-Learning n’est pas qu’une question de technique ! Pour illustrer ce précepte, je vous propose de comparer 2 approches avec un objectif concret : exploiter de manière pertinente les informations de suivi pédagogiques fournies par SCORM et AICC.

Dans cet exemple, limitons nous aux informations de suivi les plus basiques – le temps passé, la complétion et le score – et considérons ces informations selon 2 approches pédagogiques : une approche “centrée formation”, une approche “centrée apprenant”.

Approche “centrée formation”

Cette approche est la plus traditionnelle, et c’est elle qui a inspiré la conception des standards SCORM et AICC. En quelques mots, un programme de formation est définie de manière formelle et ce programme doit être suivi par une population d’apprenants. La formation est le plus souvent qualifiante et elle est généralement sanctionnée par une évaluation des apprenants.

Il s’agit à bien des égards d’une transposition de ce qui se passait en salle de classe…

Temps passé Temps passé par l’apprenant sur un module e-Learning, c’est à dire temps écoulé entre son ouverture et sa fermeture. Par analogie, on entre dans la salle de classe, puis on en sort quelques temps plus tard. Le temps passé valide donc une “présence”, non une activité réelle.

Sur 1 heure d’e-Learning, l’apprenant a pu passer 1/2 au téléphone avec un collègue, de même qu’il aurait pu passer 1/2 heure à discuter avec son voisin en salle de classe.

Complétion Un module e-Learning est généralement considéré comme complet lorsque l’apprenant a vu l’intégralité (ou un certain pourcentage) des son contenu. “Vu” signifie généralement avoir affiché à l’écran. La complétion valide donc les informations affichées, non les informations acquises par l’apprenant.

Un apprenant peut ainsi faire défiler un module obligatoire mais qui ne le concerne pas afin que celui-ci apparaisse comme “complet”. Par analogie, en salle de classe, le formateur transmets des contenus (oraux ou projetés), selon un rythme qu’il définit, ce qui ne garantit pas que l’apprenant ait assimilé ces contenus à la fin du cours.

Score Le score obtenu lors d’un test permet de valider le niveau de l’apprenant par rapport à un niveau supposé acceptable (la moyenne) mais aussi de le comparer aux autres apprenants. Le score valide donc l’atteinte d’un niveau de connaissances jugé utile par le formateur (non par l’apprenant) et commun à tous les apprenants.

Un apprenant disposant déjà des connaissances requises aura donc normalement une très bonne note, alors même que la formation lui était inutile, alors qu’un apprenant obtenant une note faible l’aura peut-être obtenue parce qu’il considérait que le sujet ne le concernait pas et ne lui était d’aucune utilité.

On le voit, dans un contexte e-Learning, cette approche ne permet pas toujours d’effectuer un suivi pédagogique pertinent. Pourtant, la quasi-totalité des contenus développés aujourd’hui se basent sur ce modèle !

Approche “centrée apprenant”

Cette approche, plus pragmatique, part du principe que les apprenants ne se ressemblent pas et qu’ils ne poursuivent pas nécessairement exactement les mêmes objectifs. L’idée maîtresse est qu’un apprentissage doit avant tout être utile à l’apprenant. Sans parler de formation informelle, il s’agit au minimum d’une formation individualisée, tant du point de vue des objectifs d’apprentissage que des moyens utilisés.

Reprenons les mêmes informations de suivi et interprétons les différemment, en partant bien sûr du postulat que les modules e-Learning ont été développés en conséquence…

Temps passé L’objectif est ici de remonter un temps passé effectif, correspondant à une réelle activité. Un module e-Learning peut par exemple désactiver le comptage du temps lorsque l’apprenant est inactif pendant une certaine période (pas d’action de navigation détectée).

Le suivi du temps devient ainsi plus pertinent, mais considéré seul, il ne permet pas de dire si l’apprenant consacre du temps parce qu’il est intéressé ou parce qu’il ne comprend pas ce qui lui est présenté. Il faudra donc croiser cette information avec les suivantes.

Complétion La complétion pourrait être considérée du point de vue de l’utilisateur : ai-je exploité toutes les informations contenues dans ce module ou bien y a-t-il lieu d’y revenir plus tard ? C’est l’utilisateur qui décide s’il a “fait le tour” du module e-Learning ou non, et ce pour diverses raisons (nécessité de consolider une 1ère lecture, exploration incomplète du module, etc…).

L’information de complétion est alors utile à l’apprenant puisqu’elle lui permet de “marquer” les modules complètement exploités, et de concentrer son attention sur les autres.

Score Le score pourrait lui aussi être considéré du point de vue de l’apprenant, en étant exploité comme un élément de satisfaction : ai-je trouvé ce que je cherchais ? Ai-je appris quelque chose ? Suis-je sûr d’avoir compris ? Etc… Un barème simplifié pourrait être utilisé : 5 étoiles (5 niveaux) de satisfaction.

Corrélée aux 2 autres informations, ce score prend du sens. Par exemple, un score et un temps passé élevés indiquent un fort intérêt pour le module. Un score faible pour un temps passé élevé peuvent indiquer un problème de qualité ou de compréhension. Un score élevé pour un module non complet doit permettre de remettre en avant ce module pour de futures exploitations. Etc…

On le voit, cette approche permet de redonner un fort intérêt aux informations de suivi les plus basiques supportées par SCORM et AICC. Encore faut-il que les contenus soient développés en conséquence et que le LMS utilisé permette une exploitation pertinente de ces informations…

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3 commentaires sur “Faire parler le suivi pédagogique SCORM / AICC”

  1. David Roche dit :

    Je suis bien d’accord avec cette discussion et à la réflexion de mise en oeuvre pédagogique qui doit avoir lieu avant la production de contenu et la remontée d’information au LMS.

    En complément, concernant le niveau de complétion, je pense qu’on peut distinguer :
    - le niveau de complétion théorique (l’équivalent du « centré formation », où on calcul « bêtement » le pourcentage de contenu sur lequel a pu passer l’apprenant) ;
    - le niveau de complétion perçu (l’équivalent du « centré apprenant, où il va pouvoir évaluer son niveau et son besoin de revenir sur un module de cours)
    - un niveau de complétion « effectif », sans doute épaulé par l’établissement d’un score ou, tout du moins, d’un test ou quizz non qualifiant. Il va aider l’apprenant à évaluer sa connaissance sur un module et sa nécessité d’y revenir ou pas.

    Dans tous les cas, cela reste de la bonne utilisation combinée, d’au moins, ces trois informations basiques d’un LMS comme tu l’as indiqué.

  2. Matthieu Esteve dit :

    Merci pour ce billet. Je trouve intéressant également d’observer l’évolution chronologique de ces indicateurs, pour un apprenant ou pour un groupe. C’est souvent signifiant !

    Sinon, je me demande s’il est vraiment aisé de produire du contenu permettant l’application de l’approche « centrée apprenant » ? Suivant le logiciel de réalisation e-learning et le LMS, ne risque-t-on pas d’avoir de mauvaises surprises fréquentes ? Je serais curieux de retours d’expériences sur ce point.

    • Sébastien FRAYSSE dit :

      Tu soulèves un vrai problème Matthieu. L’approche centrée apprenant est effectivement difficile à réaliser avec les outils actuels.

      Coté production des contenus, avec les outils du marché, en général on a le comportement suivant :
      - Pour le temps : calcul du temps passé entre ouverture et fermeture, sans analyse de l’activité réelle
      - Pour la complétion : seuil de complétion à partir duquel on considère le module complet, voire au mieux, pages qui doivent être vues pour considérer le module comme complet
      - Pour le score : parfois possibilité de fixer un score par réponse sur une question de type QCM, ce qui peut éventuellement permettre à l’élève de laisser une note de satisfaction
      Donc en clair, pour cette approche, la seule solution est de coder directement les contenus, sans outil auteur.

      Coté LMS, en général ils se contentent de remonter les infos retournées par le contenu. Lorsque le contenu est créé directement sur la plateforme, on a parfois la possibilité de laisser l’utilisateur décider de la complétion (via un bouton « j’ai fini »). Mais par dessus tout, l’intérêt coté LMS serait de favoriser l’accès à des contenus en fonction des infos de suivi (e.g. priorité aux modules non complets et bien notés), en dehors de parcours formels, ce qui n’est pas courant sur un LMS.