Mon Tableau de Bord

Le Blended Learning pas à pas : épisode 1

Dans un article récent pour ThotCursus, à propos d’une étude du groupe Demos intitulée “Blended Learning et tutorat”, Christine Vaufrey écrit :

L’extension des dispositifs hybrides de formation se heurte à la difficulté de créer de bons parcours pédagogiques, premier frein cité par les entreprises. — Christine Vaufrey

Un constat que je partage. Je profite donc de l’occasion pour vous proposer une série d’articles sur la conception de dispositifs Blended Learning. Mon intention n’est pas de proposer une méthode systématique, mais plus modestement d’ouvrir des pistes de réflexion pour ceux qui se demandent comment constituer leurs parcours hybrides.

Aujourd’hui, première épisode de la série : le temps et l’espace…

Etape 1 : Présentiel vs Distantiel

Le Blended Learning évoque immédiatement 2 modalités complémentaires : la formation en face à face (présentiel) et les contenus e-Learning (distanciel).

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Mais cette vision, si elle peut constituer une base de réflexion, n’en reste par moins très traditionnelle… Le présentiel est une approche traditionnelle de la formation et les contenus e-Learning sont une approche traditionnelle de l’e-Learning, datant d’une époque où le terme “e-Learning” signifiait implicitement “consultation autonome de contenus à distance”.

L’évolution des outils informatiques nous amène donc à compléter cette vision spatiale par une vision temporelle…

Etape 2 : Synchrone vs Asynchone

Les notions “synchrone et asynchrone” permettent de faire évoluer la vision du distantiel en distinguant d’une part les activités qui se produisent à plusieurs, au même moment, et d’autre part les activités qui se déroulent seul ou en différé.

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Il est généralement admis que le présentiel est par nature synchrone. Ce point de vue est discutable puisque des activités de type travaux dirigés ou travaux pratiques pourraient être considérées comme asynchrones dans la mesure où il y a alternance entre un travail autonome de l’apprenant et une intervention de l’enseignant. Mais nous passerons sur cette subtilité.

Notre vision du temps et de l’espace semble donc complète. A ceci près qu’elle s’intéresse finalement peu à la situation de l’apprenant, lacune que je vous propose de combler.

Etape 3 : Lieu de formation vs Lieu de travail

Revisitons tout d’abord la notion d’espace du point de vue de l’apprenant. Deux situations peuvent se présenter : soit j’apprends depuis un lieu dédié (ex. un centre de formation), soit j’apprends depuis mon lieu de travail.

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Cette approche nous permet de mettre en évidence que la formation en présentiel ne se déroule pas toujours en salle de classe, mais aussi parfois sur le terrain.

Par ailleurs, cela nous rappelle que l’intérêt du distantiel, qui consiste à limiter les déplacements, est de se former prioritairement sur le lieu de travail. Les concepteurs de dispositif doivent s’en souvenir, car cela a un impact direct sur l’environnement et les conditions d’apprentissage.

Revenons à présent à la dimension temporelle…

Etape 4 : Temps de formation vs Temps de travail

Là encore, nous prenons le point de vue de l’apprenant. Par “temps de formation”, j’entends un temps relativement long, que l’on planifie consciemment dans son agenda comme une période dédiée à l’apprentissage. Par “temps de travail”, j’entends toutes ces actions de micro-apprentissage non planifié, que l’on insère dans son temps de travail de manière spontanée, au moment du besoin.

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Cette vision, qui vise à prendre conscience des contraintes de temps que vit l’apprenant, met en lumière la différence fondamentale qui peut exister entre la consultation d’un module e-Learning classique, dont la durée suppose que l’on interrompe mentalement son travail, et un accès à la formation dit “juste-à-temps”, qui repose sur des micro-contenus venant supporter une activité de travail.

Conclusion de l’épisode 1

Les approches traditionnelles du Blended Learning, basées sur 3 modalités spatio-temporelles (présentiel, synchrone, asynchrone), doivent à mon sens être complétées par un point de vue apprenant, qui met en avant ses contraintes de temps et d’espace. Cette prise en compte permet d’enrichir notre vision du Blended Learning tout en restant plus proche des réalités.

Les modalités citées dans les cases blanches des schémas ci-dessus ne sont que des exemples. « Classe virtuelle » pourrait tout aussi bien être remplacé par « Sessions téléphoniques ». Ou encore « Module eLearning » pourrait être remplacé par « Film vidéo ». A vous de réfléchir aux modalités les plus pertinentes pour votre dispositif.

La suite au prochain épisode…

Commentaires (9)

  1. bonjour,
    Merci pour cet article éclairant !
    Ne peut-on pas envisager une plus grande diversité de lieux d’apprentissage : transports, domicile, etc … Il me semble que l’on avance de plus en plus dans cette direction avec les solutions de mobiquité.

    En attendant les articles suivants …
    Jacques

  2. Merci Jacques. Votre remarque est très pertinente.

    Mon schéma focalise sur un contexte formation professionnelle. En ce sens, je localiserais la mobilité dans « Lieu de travail/Temps de travail » si le travailleur est mobile dans le cadre de sa fonction (commerciaux par exemple). De la même manière, on peut envisager qu’apprendre dans les transports ou à domicile corresponde à un prolongement du lieu de travail si la finalité est professionnelle : « Lieu de travail étendu » ?

  3. Merci pour la citation. Votre article est intéressant, il faut en effet clarifier ce dont on parle et surtout, comme vous le dites en conclusion, intégrer le point de vue de l’apprenant qui a une marge de manoeuvre beaucoup plus large dans un dispositif blended que dans une formation en présence, mais moins que dans une formation tout à distance. Un théme de réflexion intéressant également serait : « que faire en présence / que faire à distance synchrone / asynchrone / quel travail individuel (sans communication) de l’apprenant ? Vaste programme, mais c’est une manière parmi d’autres d’améliorer la qualité des scénarios pédagogiques proposés en blended learning…

  4. Bonjour Christine. Votre commentaire est une parfaite transition vers l’épisode 2. En effet, après avoir traiter le OU et QUAND, je vous proposerai un autre axe : le « avec QUI » (seul, avec un tuteur, en réseau…). Ce qui nous donnera une matrice complète représentant l’environnement de l’apprenant. Restera à définir le QUOI, c’est à dire à placer dans la matrice le « que faire en présence / que faire à distance » dont vous parlez. Et à vous lire, je me dis que ce pourrait être un thème collaboratif pour l’épisode 3 : que chacun puisse suggérer des moyens pédagogiques à placer dans les cases de la matrice environnementale. Qu’en pensez-vous ?

  5. Bonjour et merci pour cet article simple et clair,
    je voudrais ajouter un cas de figure qui n’est pas présenté ici et que j’ai déjà observé: la formation en distanciel hors lieu de travail et hors temps de travail. Cela était le résultat d’une convention collective particulière. Les salariés étaient « indemnisés » pour leur temps personnel alloué à la formation. Ce cas semble néanmoins assez rare.

  6. Merci pour cet éclairage Jérôme. Je pourrais en effet étendre mon modèle vers un « espace personnel » et « temps personnel ». Il vaudrait aussi pour tout ce qui est développement personnel, non nécessairement soumis à une absolue nécessité professionnelle. Je vais y réfléchir et essayer de vous proposer quelque chose.

  7. Bonjour,
    Je tenais à vous remercier Sébastien pour ces posts qui apportent pas mal de précisions sur le Blended-Learning.
    Je suis actuellement sur un mémoire de recherche axé justement sur le Blended-Learning et plus précisement sur les conditions de mise en adéquation du présentiel et du E-Learning pour un rendu optimal de la formation.
    Les entreprises savent aujourd’hui, qu’en matière de formation, la clé de succès réside dans l’utilisation du Mix Learning pour des raisons d’avancées technologiques, spatio-temporelles et financières.
    Mais la question que l’on se pose (ou même que l’on ne se pose pas assez) porte principalement sur les conditions de cette association : quels sont les paramètres et comment les règler afin de maximiser le rendu de la formation?
    Bien que je reste convaincu qu’il n’y ai pas de réponse universelle et que cela dépende en partie des apprenants et de la structure dans laquelle on se trouve, Je trouve vos schémas très pertinents et c’est une façon claire de voire les choses.
    Je pense que chacun des éléments que vous citez font partie, entre autres, des paramètres importants à prendre en compte pour la bonne association du E-Learning et du presentiel.
    Si jamais d’autres idées vous viennent, je serai plus que ravi de pouvoir les partager avec vous car c’est un sujet que j’affectionne et pour lequel, malgré les progrès depuis la dernière décennie, il y a encore beaucoup à faire et à apprendre.
    Cordialement.

    • Bonjour Damien,

      Merci pour ce commentaire. De nouveaux épisodes sont en préparation. Je manque un peu de temps pour les finaliser mais ça devrait arriver dans les prochains jours. Le sujet de votre mémoire est vraiment intéressant. N’hésitez pas à me prévenir lors de sa finalisation. Je serais ravi de le lire. De même si je peux contribuer d’une manière ou d’une autre à votre réflexion.

  8. Merci beaucoup!Je ne manquerai pas de vous le faire parvenir.
    J’attend avec impatience les prochains volets.

    Bon courage!

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